Interview de Colin Niel, l’auteur d’Obia, le livre des abonnements d’octobre 2017

Hello à tous!

 

On continue avec les « coulisses » d’Obia, le livre que vous avez reçu dans vos abonnements d’octobre!
Après une interview de Nathalie Démoulin, son éditrice au Rouergue, c’est Colin Niel, l’auteur lui-même, qui a eu la gentillesse de répondre à nos et vos questions sur son métier d’écrivain et sur Obia :)

 

Après avoir lu et adoré Obia, j’ai été très curieuse d’en savoir plus sur l’auteur de ce livre qui nous permettait de découvrir une réalité peu connue : les trafics de drogue en Guyane française et la guerre civile au Suriname, ainsi que la population guyanaise complexe et métissée, vue à travers les yeux d’un policier Djkuka, le capitaine Anato. Surtout que Colin Niel est ingénieur de métier, et qu’il a notamment travaillé en Guyane à la création du Parc amazonien pendant plusieurs années avant de se mettre à écrire. Alors comment a-t-il eu le déclic pour qu’on retrouve entre nos mains un livre aussi abouti et passionnant qu’Obia ?
Bref, des questions que cet article éclaire un tantinet, qui vous permettra j’espère d’en savoir plus sur son travail et vous donnera envie de lire d’autres ouvrages de la série guyanaise de Colin Niel… Si ce n’est pas encore fait! ;)

 

Bonne lecture!

 

Ps. Si vous n’avez pas encore lu Obia, vous pouvez quand même lire cet article garanti sans spoiler ;)

colin niel
hamacs de carton colin niel
obia colin niel

Après des études en agronomie, en environnement, en écologie, et un parcours d’ingénieur, comment avez-vous eu le déclic pour votre premier livre, Les Hamacs de Carton paru en 2012 ?

 

Comme pour beaucoup, j’ai toujours eu envie d’écrire. Mais la Guyane, où j’ai vécu 6 ans, a été un vrai déclic. J’ai mis beaucoup de temps à me lancer. Jusqu’alors, j’avais l’impression que je n’avais rien d’intéressant à raconter. Par ma formation et mon parcours, je me sentais plus scientifique que littéraire, je me disais qu’écrire n’était pas pour moi.
La Guyane a été un choc. Quand je suis revenu à Paris, j’avais toujours des idées sur la Guyane qui me trottaient dans la tête, je n’arrêtais pas d’en parler autour de moi. J’ai vécu des choses, rencontré des gens, découvert des sujets qu’on ne connait pas et que j’avais envie de raconter. Quitte à soûler tout le monde avec ça, pourquoi pas écrire dessus ? C’est avec cette envie de parler de la Guyane que je me suis dit que je pouvais me lancer.

 

Donc finalement si vous n’étiez pas partis en Guyane, peut-être que vous n’auriez pas écrit votre premier roman ?

 

Peut-être oui. Quand je suis parti en Guyane comme ingénieur en écologie, j’avais des idées un peu pré-faites, je rêvais de la jungle, j’imaginais l’Amazonie et sa faune… Mais je n’avais aucune idée des gens qui vivaient là-bas. Ça a été une découverte et un choc de découvrir les populations de la Guyane. J’ai été en couple pendant 5 ans avec une personne guyanaise, une Ndjuka. J’ai tout découvert à travers elle, les Noirs Marrons que je ne connaissais pas, sa famille, j’ai appris à parler ndjuka… J’ai découvert des cultures et des façons de vivre très éloignées des nôtres en hexagone. Ce fut un choc assez fort, une révélation.
Le sujet de mon premier livre, Les Hamacs de Carton, m’est venu comme ça : j’ai voulu parler des problèmes de la jeunesse guyanaise, de cette identité française qui leur est refusée, comme c’est une réalité à laquelle j’ai été confronté pendant ces années en Guyane.

 

Et comment vous est venu l’idée d’Obia, avec son fil rouge sur le trafic de drogue ?

 

Pour Obia, c’est un sujet dont je suis moins proche, que j’ai du m’approprier.
J’ai eu l’idée grâce à un copain historien. J’étais chez lui, à un moment où je cherchais des idées pour mon troisième roman. Il avait une pile d’articles de presse sur la guerre civile au Suriname. Il m’a dit de regarder là-dedans et j’ai découvert un sujet riche, terrible et marquant, qui en dit long sur la notion d’humanité en Guyane. C’est une guerre que personne ne connait et qui pourtant s’est passée il y a très peu de temps. Et puis l’histoire de tous ces réfugiés était en profonde résonance avec l’actualité. Finalement, le thème du trafic de cocaïne et des mules est venu après et s’est agrégé sur ce thème principal.

 

Comment vos livres sont-ils perçus en Guyane ?

 

J’ai de la chance : ils sont très bien accueillis. Avec l’éditeur, on organise leur parution en avant-première en Guyane, avant la métropole. Il n’y a pas grand chose qui sort sur la Guyane, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être à cause de la mauvaise image du pays. Je crois que mon effort d’aller au-delà des clichés, du fantasme de l’enfer vert amazonien, mon envie de parler des gens et de coller à une certaine réalité plaisent.

 

Une petite question d’une abonnée sur votre processus d’écriture : comment travaillez-vous à l’écriture de vos livres, alors que vous n’êtes pas écrivain à l’origine ?

 

L’idée est ce qu’il y a de plus important. Avant d’écrire, j’ai déjà dans la tête beaucoup de choses de fixées. Il me faut environ un an de réflexion autour du projet, à l’issue de laquelle je sais de quoi je vais parler, la trame générale, le début et la fin. Après il y a toujours des surprises au moment de l’écriture, mais je connais déjà les grandes lignes.
Ensuite, il faut vraiment se ménager des plages de travail. Parce qu’il y a toujours des choses plus faciles à faire qu’écrire, il faut vraiment se forcer. En fait, l’écriture en elle-même est assez douloureuse et difficile, comme il faut faire surgir quelque chose du néant. Alors que la réécriture est le moment où je prends le plus de plaisir. C’est le moment aussi le plus important comme c’est là que je fais vraiment quelque chose de mon livre.

 

Et pour Obia, ça vous a pris combien de temps ?

 

L’écriture d’Obia a été assez courte compte tenu de la densité du roman : l’écriture et la réécriture m’ont pris 9 mois. Par contre, sa gestation a pris 2 ans : j’ai besoin en fait que mes livres se construisent dans le temps.

La dernière question, une classique chez nous! Un livre à conseiller aux abonnés ?

 

Station Eleven d’Emily St. John Mandel que j’ai adoré.
Il y a une simplicité et une sensibilité dans la construction des personnages et dans l’écriture qui sont vraiment prenantes. L’histoire se passe dans un monde post-épidémique, un sujet qui a déjà été traité des centaines de fois, mais qui est ici très bien rendu comme elle en parle avec une voix nouvelle. Il y a par ailleurs toute une réflexion sur l’art, qui n’est pas forcément un sujet que je lis beaucoup, mais qui m’a vraiment parlé ici. C’est un très beau livre.

 

Merci mille fois à Colin Niel pour ses réponses et sa gentillesse!

Découvrez les autres livres de Colin Niel sur le site du Rouergue, et n’hésitez pas à le suivre sur Facebook!

 

Et l’abonnement d’octobre avec Obia est bien entendu toujours disponible sur le site :)

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