Pistes de Lectures autour des abonnements de Septembre 2017

Hello à tous!

 

Et voici donc notre premier article « Pistes de Lectures » autour du thème des abonnements de ce mois-ci!

Vous y retrouverez des anecdotes et des liens autour notamment du livre principal du mois, ainsi que des idées de lecture pour continuer à explorer les différents thèmes abordés dans les abonnements. Et pour ce mois de septembre, c’était assez foisonnant, puisqu’on était dans les paysages sauvages, les Indiens d’Amérique et les contrées froides de l’Arctique, une certaine notion de liberté et le format conte.

 

Attention! L’article peut révéler des morceaux de l’intrigue des livres, donc si vous n’avez pas encore fini votre lecture, revenez ici plus tard ;-)

 

J’espère que ça vous plaira! N’hésitez pas à commenter en bas de l’article. Plusieurs passages ont été traduits par mes très modestes talents de traductrice, alors si vous êtes calés en Anglais, n’hésitez pas non plus à apporter vos suggestions de traduction.

Bonne lecture!

 

***

 

1) Tout commence avec un canard…
Anecdotes et liens autour de L’Oiseau Canadèche de Jim Dodge

 

 

Alors, je vous ai déjà tout dit sur mon amour pour L’Oiseau Canadèche, mais il reste encore quelques petites choses que j’aimerais partager avec vous. Notamment les chouettes illustrations des éditions à l’étranger (plaisir de bibliophile), une jolie anecdote de Colum McCann, et quelques mots sur Jim Dodge, parce que je parle finalement jamais assez de l’auteur dans mes lettres – mais comme là, on a de la place… ;-)

 

Fup, un bouquin à lire aux petits durs à cuire ?

 

Je vous ai présenté L’Oiseau Canadèche (Fup, dans sa version originale) comme un conte pour vieux (« vieux » étant pour moi en l’occurrence toutes personnes âgées de plus de 20 ans hein). Parce que je crois qu’il faut quand même avoir vécu un petit peu pour comprendre et aimer ces personnages qui vivent leur vie comme ils l’entendent, et ressentir combien leur foutraquerie totale est précieuse en ce bas monde.

 

Mais je suis tombée sur cette anecdote très sympa du fameux auteur irlandais Colum McCann, publiée dans The Paris Review :

J’étais un « éducateur en milieu sauvage » au Texas dans le milieu des années 80, après avoir parcouru les Etats-Unis en vélo pendant dix-huit mois. Ca signifiait que je travaillais avec des jeunes à risques, ou des délinquants juvéniles. On vivait dans la forêt pendant trois mois d’affilée, on construisait des abris avec du bois, des cabanes, des toilettes, des douches fonctionnant avec la gravité. C’était une magnifique pause dans ma vie : dehors sous les étoiles. La nuit, je lisais des livres avant de dormir, à ces gamins, des durs à cuire : L’Attrape-coeurs, Les Raisins de la Colère et une fable qui s’appelait Fup (L’Oiseau Canadèche) de Jim Dodge. Ils adoraient L’Oiseau Canadèche en particulier, une fable sur un canard, un jeu de mot sur « fucked up ». J’ai parfois encore des nouvelles de ces gosses – ils sont partout dans le pays maintenant, et généralement de nouveau sur la bonne voie, à l’exception peut-être qu’ils sont en train de lire L’Oiseau Canadèche à leurs gosses.

Il est pas beau mon canard ?

 

 

Fup est peut-être donc un livre inter-générationnel (dans tous les sens du terme, puisque le livre date déjà de 1983, mais reste toujours aussi frais). C’est aussi ce que soulignent d’une certaine manière les différentes couvertures d’éditions étrangères du livre, parfois enfantines, parfois mignonnes, parfois un peu plus malignes comme le personnage de L’Oiseau Canadèche, que je ne résiste pas à vous montrer ci-dessous.

fup cannongate
fup ebook
fup jim dodge
fup jim dodge
fup jim dodge
fup jim dodge

Et sinon, Jim Dodge, est-ce qu’on a des infos sur lui ?

jim dodge auteur

Sur le site de 10/18, voici ce qu’on apprend de lui :

 

Poète et romancier, Jim Dodge est né en 1945. Fils de militaire, il choisira de passer plusieurs années de sa vie dans une communauté autonome de Californie. Depuis 1995, il dirige le programme d’écriture créative à l’université Humboldt State en Californie. Auteur de romans, dont Stone Junction, L’Oiseau Canadèche et Not Fade Away, ainsi que d’un recueil de poésie et de plusieurs essais sur le biorégionalisme, il vit aujourd’hui à Manille, en Californie.

 

Hmmm ça ne dit pas grand chose du mec forcément un peu spécial qui a pondu cette chose totalement dingue qu’est Stone Junction (on en recause plus bas) et de notre adorable Oiseau Canadèche.

 

Alors je vous renvoie déjà vers la présentation un chouillat plus sexy de l’éditeur britannique qui nous raconte que Jim Dodge a été alternativement… Cueilleur de pommes, poseur de moquette (!!!), prof, joueur professionnel, berger et bûcheron. Ce qui fait laisse un peu rêveur…

Mais aussi vers ces deux articles très sympas (en VO) : 

 

Un article du Guardian, où on apprend que le succès de Fup a été une sacrée surprise (tant pour Jim Dodge que pour son éditeur)

L’écriture du roman lui pris plusieurs années, mais eut un succès immédiat quand il parut en 1983. Le tout petit éditeur de Dodge dut le ré-imprimer trois fois en un mois, puis vendit les droits pour 100 000 dollars. « J’étais abasourdi par le succès », dit Dodge, un homme aux besoins simples qui n’a jamais eu des envies de fortune ou de célébrité. « Je suis heureux que ça soit arrivé quand j’avais une trentaine d’années, sinon c’aurait été une expérience écrasante. [Dodge avait 39 ans à l’époque].

 

– Et ce très chouette article de l’austère mais super blog Bookmunch, où on découvre cette présentation irrésistible que Jim Dodge fait de lui-même, et où on comprend mieux l’esprit libertarien qui règne sur L’Oiseau Canadèche :

Bien que je me considère toujours comme un anarchiste, au fil des années j’ai en quelque sorte réduit cette appellation (ou l’ai peut-etre élargi) à une anarchie taoiste paganiste, biorégionaliste. Je pense que j’en suis venu à comprendre que la liberté réside dans le fait d’être égal à ses besoins, l’auto-déterminisme requiert de pouvoir compter sur soi-même, et que l’ « individu » est la pire idée de la civilisation occidentale (ou du moins ça n’excite pas autant mon imagination que la notion panthéiste d’une identité étendue, constellaire, comme suggéré par la génétique, l’écologie, et un baiser (Par ailleurs, pour un panthéiste, le Messie revient tous les jours).

 

Je vous laisse découvrir la suite!

2) D’autres articles à découvrir
sur les autres auteurs de ce mois-ci ?

luis sepulveda

Sur Jorn Riel

 

Cette interview en vidéo

où il fume la pipe comme sur la plupart des photos qu’on trouve de lui :-)

Sur Luis Sepulveda

 

Evidemment, il y a beaucoup de choses sur le célèbre auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour. Mais je vous renvoie en particulier vers ce récent entretien avec notre auteur chilien sur France Culture, et cet entretien avec Alma Books, un de ses éditeurs britanniques, davantage porté sur ses livres écrits aussi pour les enfants (dont fait partie Histoire d’un chien Mapuche)

berengere cornut

Sur Bérengère Cornut

 

Ce passionnant entretien mené par le Tripode, la maison d’édition de Née contente à Oraibi, où on en apprend davantage notamment sur son rapport avec le peuple Hopi et son processus d’écriture. Extrait :

 

Pendant tout le temps qu’a duré l’écriture de ce roman, j’ai eu en tête l’image suivante : c’est comme si jusqu’à présent j’avais écrit des textes oniriques avec sept couleurs, et que soudain on m’en offrait cinquante supplémentaires, que je n’avais jamais vues. C’est vraiment l’impression que j’aie eue en cherchant à décrire le plus naturellement possible les cérémonies, les paysages, les différents mondes de la cosmogonie hopi.

 

A noter que si vous avez aimé le livre et que vous avez envie d’en savoir plus sur le travail du Tripode, nous ferons une interview avec le fondateur de la maison d’édition, Frédéric Martin, fin septembre! Si vous souhaitez lui poser des questions sur son travail et sur la publication de Née Contente à Oraibi, n’hésitez pas à laisser vos questions en commentaires, nous les poserons le jour J!

3) Pistes de lecture pour continuer
à explorer autour des thèmes de ce mois-ci!

 

Ces pistes de lecture vous sont proposés en grande majorité par Ide, notre co-lectrice :)

stone junction jim dodge

Petit conseil de Marjorie pour la route :

 

Stone Junction – Jim Dodge

 

Comme je vous le racontais dans la présentation du thème, je suis venue à L’Oiseau Canadèche après avoir lu le roman phare de Jim Dodge, Stone Junction. Cela fait trop longtemps que j’ai lu le livre pour vous en parler de manière précise, mais j’ai gardé le souvenir d’une grosse claque littéraire, d’un livre complètement halluciné, à moitié ésotérique à moitié nourri par des substances illicites, et comme pour L’Oiseau Canadèche, plus profond qu’il n’en a l’air.

Et ça tombe bien, parce que la maison d’édition Super 8, dont je suis aussi particulièrement fan de la présentation, réédite en octobre ce livre qui était jusqu’à présent épuisé (et en plus avec une couverture qui ravit).

Les conseils d’Ide autour des contes

femme phoque martine bourre

La Femme Phoque – Catherine Gendrin & Martine Bourre

 

Il ne faut pas hésiter à dérober aux enfants leurs précieux livres d’images.

Pour une raison que j’ignore (mais toute personne ayant la réponse est bienvenue!), l’édition contemporaine a séparé strictement la littérature adulte sans image, sèche, brute, et la littérature jeunesse, richement créative.
Pourtant, dès que l’on classifie, on peut être certain qu’un monotrème ou deux va se balader entre les limites : personnellement, j’ai toujours eu beaucoup de goût pour les ornythorinques :)

J’aimerais donc vous en présenter un, La Femme Phoque de Catherine Gendrin (texte) et Martine Bourre (illustration), qui conjugue texte poétique, rythmé, et illustrations d’art dans lesquelles il est facile de se noyer, tout adulte que l’on soit.

 

La littérature, illustrée ou non, a investi avec bonheur les mythes thérianthropes à travers le monde depuis les kitsune japonais (La Femme Changée en Renard de D. Garnett) jusqu’aux nahua précolombien (Hombres de Maïz de M. A. Asturias).

La Femme Phoque nous emmène auprès de la version inuit des Selkies, femmes phoques, un personnage imaginaire qui s’est répandu dans toutes les cultures du nord tournées vers la pêche.

 

Le travail d’illustratrice de Martine Bourre accompagne magnifiquement ce texte. Ses planches originales avaient d’ailleurs fait l’objet d’une exposition au centre culturel inuit en 2009, leur grand format renforçant d’autant leur aspect profondément immersif.

On retrouve dans ces planches les références classiques de Martine Bourre, le recyclage en oeuvre d’art d’objets improbables, mais aussi ses talents de peintre, à travers une palette colorée partagée entre la chaleur orangée du foyer humain, les blancs de la banquise et les verts profonds d’un océan entre fascination et effroi.

 

La Petite Fille et le Monde Secret – Maren Uthaug

 

Dans les contes du grand nord, les personnages imaginaires ne sont pas forcément de jolis petits lutins mais parfois un effrayant infra monde à fuir absolument. Dans La Petite Fille et le Monde Secret, la jeune Risten se protège, sans savoir si elle doit y croire ou pas, des sous terriens contre lesquels sa grand mère Same l’a mise en garde. Elle se protège aussi contre l’abandon de sa mère et l’irruption d’une belle-mère envahissante dans le monde déjà passablement troublé de son adolescence. Et retrouver sa mère et ses origines Same ne sera pas sans dommage sur elle-même.

La Petite Fille et le Monde Secret

Maren Uthaug nous ouvre ici les portes d’une culture Same en lutte contre une éradication plus ou moins volontaire de la part des Danois à travers le regard d’une jeune fille en lutte pour la survie. Son style efficace permet au lecteur d’assimiler et de dépasser une histoire dure, crue, choquante parfois, mais qui reste, finalement, en cohérence avec le vécu de Risten.

 

Le Porc Epique – Manuel Rui

 

Dans Le Porc Epique, le parti pris voltairien de Manuel Rui est de nous décrire l’Angola post coloniale et communiste, à travers les yeux de deux jeunes garçons qui vont révéler en négatif toutes les absurdités de leur société.

Leur père, malade de manger du poisson à longueur d’année, rêve de viande, d’une viande qui n’aurait pas un gout de poisson. Pour cela, il ramène un porcelet, l’installe sur le balcon, et le regarde s’engraisser (s’embourgeoiser) lentement. Cet animal est le prétexte à une peinture sarcastique de la société qui l’entoure, véritable monde en attente des lendemains qui chantent, embourbé dans le contrôle permanent, et c’est toute une galerie de personnage qui s’inquiètera de la présence de ce cochon dans leur quotidien.

 

Grand-Père avait un Eléphant – Vaikom Muhammad Basheer

 

Une version indienne contemporaine du conte philosophique pourrait être l’opus de Vaikom Muhammad Basheer, Grand-Père avait un Eléphant, dans lequel la jeune Kounnioupattoumma, presque-princesse initialement éduquée en vue de faire une mariage dans l’élite, est libérée par la soudaine ruine de sa famille. La voilà devant les fourneaux, à régler des problèmes pratiques qu’elle ne s’était jamais posée avant (au hasard, comment gérer une fosse d’aisance et des problèmes de voisinage), et surtout (plus ou moins) libre de fréquenter un voisinage fascinant, plein d’exotisme et de tabou.

J’espère que ça vous plaira! N’hésitez pas à consulter les sites des éditeurs pour vous procurer les livres suggérés et bonnes lectures surtout! :-)

Petite vidéo bonus : Borges et les contes ;-) (Merci Actualitté!)

 

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Marjorie

<p>Fondatrice et gérante d’Exploratology<br /> Grande amoureuse des livres, des lapins mignons et des tartes au citron.</p>