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Rencontre avec Anne-Marie Métailié et Concours!

C’est parfois seulement après coup qu’on se rend compte qu’il se passe un truc.

 

En janvier de cette année, nous avons envoyé Le Marchand de Passés de Jose Eduardo Agualusa, paru dans la collection poche « Suites » de la maison d’édition Métailié.
Mais en fait, c’était le 4e livre de la maison à la salamandre que nous envoyions dans les abonnements. Auparavant, il y avait eu Ciel Bleu de Galsan Tschinag en décembre 2015, toujours dans la collection « Suites », mais aussi Le Coeur par Effraction de James Meek en juillet-août 2014 et Hérétiques de Leonardo Padura en mai 2016, tous deux parus chez Points.

C’était amusant de considérer ces 4 livres tous plus différents les uns que les autres, mais qui provenaient du même éditeur. Dureté et beauté des montagnes de Mongolie dans Ciel Bleu, décadence morale et humour âpre avec l’auteur écossais James Meek, histoire à tiroirs ambitieuse dans Hérétiques et enfin, onirisme subtilement fantastique dans Le Marchand de Passés.

On se balade dans des paysages littéraires à mille lieues les uns des autres. Et pourtant… Quand j’y regarde de plus près, je me rends compte que leur point commun (et ce qui m’a profondément plu), c’est leur audace. Cette manière de nous raconter un paysage, une culture, une Histoire, de la façon la plus inattendue qu’il soit, à des kilomètres des lieux communs et de ce qu’on pourrait en attendre. La surprise en littérature, il n’y a rien de mieux!

 

 

J’aime bien d’ailleurs, le credo de Métailié :

« Notre métier consiste à proposer aux lecteurs des textes qu’ils n’auraient jamais eu l’idée de demander, à les convaincre de partager notre passion et notre amour pour un texte. Les livres sont là pour nous ouvrir le monde et nous permettre de vivre passionnément. »

 

« Les livres sont là pour nous ouvrir le monde… »
En fait, je l’aime beaucoup, ce credo.

 

Il n’en faut pas plus pour me donner envie d’en savoir un chouillat plus, pour que je demande à ma distributrice… « Dis donc… Je pourrais pas leur écrire, tiens ? »

C’est ainsi qu’un jour de janvier, armée de quelques unes des questions que vous aviez envie de poser à l’éditrice, j’ai gravi trois volées de marches dans un immeuble du 6e arrondissement. Derrière la porte, un bureau chaleureux REMPLI de livres, et Anne-Marie Métailié avec un regard qui pétille et toute la passion qui peut animer quelqu’un qui publie avec bonheur des auteurs des quatre coins du monde depuis plus de 38 ans.

 

L’équipe de Métailié. Anne-Marie Métailié est au milieu, assise avec un livre. Photo Métailié

 

Evidemment, la première chose que j’ai eu envie de lui demander, c’est comment elle a découvert Jose Eduardo Agualusa, notre auteur de janvier.

Elle me dit tout d’abord… que c’est une histoire drôle (ça commence bien, non ?). Anne-Marie Métailié était au FLIP de Paraty. C’est un salon du livre dans une petite ville portuaire brésilienne, pas loin de Rio de Janeiro, où on peut notamment assister à des débats. Et là, elle arrive à un débat où il y avait Caetano Veloso, qu’elle aime énormément, et un homme qu’elle ne connaissait pas. Cet homme, c’était Agualusa. Caetano Veloso, qui venait de publier un livre autobiographique, était en train de raconter qu’il n’allait pas parler de son livre, « mais plutôt du livre de cet auteur, Jose Eduardo Agualusa, parce que c’est un auteur génial ». Un grand artiste qui encense un inconnu, il y a de quoi piquer la curiosité d’une éditrice, non ?

Le lendemain, Anne-Marie Métailié refait la queue pour un autre débat. Et elle entend derrière elle quelqu’un dire :  « j’aimerais rencontré Métailié, j’ai entendu dire qu’elle était ici… » Son agente, qui était un peu derrière, lui répond, « elle est ici un peu plus loin, je vous montre ». Et il s’avérait que c’était Agualusa. Qui voulait absolument être publié chez elle. Et c’est comme ça que l’aventure a commencé! La maison a publié La Guerre des Anges et notre fameux Marchand de Passés en 2006, à la suite de cette rencontre.

 

Jose Eduardo Agualusa

Jose Eduardo Agualusa

 

Et ce qui est fantastique, c’est que toute la maison semble bâtie autour de rencontres.

 

Rencontre d’Anne-Marie Métailié avec Jérôme Lindon des Editions de Minuit notamment et d’autres éditeurs. Elle me raconte que ce sont eux qui lui ont donné envie de publier des livres et de créer sa maison d’édition, alors qu’à l’époque elle travaillait sous la direction de Bourdieu. « Ils étaient habités par leur métier. Ils se reconnaissaient dans leur travail, ils étaient heureux. Et moi aussi je voulais me reconnaître dans mon travail. »

 

Rencontre avec des auteurs qui construisent le catalogue au fur et à mesure. Comme par exemple la bibliothèque portugaise avec nombre d’auteurs d’Afrique, que j’avais eu envie de découvrir après avoir lu Le Marchand de Passés. Anne-Marie Métailié est passionnée par la littérature portugaise, et notamment la langue, qu’elle qualifie d’ « extraordinaire, une langue qui ouvre l’imaginaire ». Quand elle lit en portugais, ses « rêves sont plus grands. C’est comme une fenêtre qui s’ouvre vers l’ailleurs ».

 

 

Elle a d’abord publié Le Rivage des Murmures de Lídia Jorge et Le Cul de Judas d’Antonio Lobo Antunes, deux romans qui parlent de l’Afrique. Puis La Baie des Tigres, où l’auteur, Pedro Rosa-Mendes, traverse l’Afrique d’Ouest en Est. Le catalogue s’est construit ainsi livre après livre, mais aussi parce que ses auteurs lui ont dit « tu devrais lire celui-ci, tu devrais suivre cet auteur ». Ce sont eux aussi qui bâtissent le catalogue! A moi qui avais l’image de l’éditeur qui défriche, plutôt que ce travail à double-sens, Anne-Marie Métailié précise qu’elle « défriche à partir des semences qui ont été semées ».

Donc rencontres entre auteurs aussi, comme par exemple Agualusa et Mia Couto qui sont amis dans la vraie vie. Les filiations amicales entre les auteurs traversent toute la maison et sont partie prenante de sa personnalité.

 

Métailié a été l’origine de l’émergence de nombre de grands auteurs du Sud, comme Antonio Lobo Antunes, José Saramago, ou encore Luis Sepúlveda (dont on parlera un peu plus loin). Plus de 1000 titres au catalogue et 30 ans plus tard, Anne-Marie Métailié a toujours la même passion du livre. Et elle a toujours cette même excitation quand elle découvre une pépite. Quand je lui demande ce que ça fait quand elle tombe sur LE livre, elle me dit qu’elle a la même émotion que lorsqu’à 15 ans, un homme lui plaisait! « J’ai comme une crise d’excitation qui monte en moi. Je me dis « je le veux, il est pour moi! » Je suis quelqu’un de passionné, et je crois que lorsque j’ai créé la maison, j’ai transféré toute cette passion dans les livres. »

 

Il en faut sans doute de la passion, pour démarrer une maison d’édition toute seule à 30 ans avec juste assez d’argent pour faire fabriquer trois livres, pour ne se salarier qu’au bout de 5 ans, après avoir mené sa barque tout en faisant d’autres petits boulots à côté. Elle me raconte d’ailleurs que lorsqu’elle a créé sa maison d’édition, Jérôme Lindon s’amusait à l’appeler régulièrement pour lui demander quand est-ce qu’elle allait mettre la clé sous la porte..!

Certes la maison a eu ses hauts et ses bas, mais c’est en 1993 qu’elle a pris toute son ampleur lorsque Anne-Marie Métailié découvre par hasard Le vieux qui lisait des romans d’amour de Sepúlveda (et que j’imagine nombre d’entre vous ont déjà lu). Elle partait de la Foire du livre de Francfort quand une agente lui a mis le livre entre les mains. Un bouquin avec une couverture un peu laide mais qu’elle a commencé à lire dans l’aéroport (en manquant presque son avion tellement elle était plongée dedans!). En fait, elle avait tellement aimé qu’elle avait gardé les 20 dernières pages pour tenir le coup dans l’hôtel miteux de Bruxelles où elle allait dormir le soir-même!

On connait le succès que le livre a reçu. Mais (dernière anecdote) au tout début, sachant que personne n’irait défendre le texte de cet illustre inconnu qu’était Sepúlveda à l’époque, elle a envoyé un exemplaire de l’épreuve, avec un petit mot manuscrit de sa part, à 150 libraires. Il se trouve que le Salon du livre avait lieu peu de temps après, et 4 libraires avaient lu le roman. 4 seulement peut-être, mais qui houspillaient tous leurs collègues qui avaient eu le malheur de ne pas l’avoir encore lu et qui le conseillaient à tout va aux visiteurs. C’est ainsi que la vague a démarré, que des dizaines de milliers d’exemplaires se sont vendus avant même la première parution dans la presse. Eh oui, il suffit que d’un livre pour donner un nouvel essor et faire reconnaître un travail de longues années!

 

 

On termine avec un conseil, comme c’est la tradition ici ?
Anne-Marie Métailié vous conseille La Folle du Logis de Rosa Montero, un livre sur l’imaginaire des écrivains et par extension l’imaginaire des lecteurs. « Un livre indispensable pour ceux qui aiment la littérature ».

Encore merci à Anne-Marie Métailié de nous avoir raconté l’histoire et les coulisses de sa maison! :-)

Envie d’en connaître davantage sur la maison et leur catalogue ? N’hésitez pas à consulter leur site et leur page Facebook!

Et pour poursuivre notre découverte de Métailié, voici un concours pour gagner un de leurs derniers ouvrages!

 

Concours

 

A gagner :

 

Les Transparents d’Ondjaki

 

 

Dans la continuité de nos pérégrinations dans la littérature lusophone africaine, on vous fait gagner un exemplaire des Transparents de l’auteur angolais Ondjaki, un fabuleux roman qui a reçu le Prix Littérature-Monde Etranger.

Modalités

Postez un commentaire à la fin de cet article en nous mettant ce que vous voulez :) (n’oubliez pas de renseigner votre prénom et votre adresse email!)

Vous avez jusqu’au 22 février! Le gagnant sera annoncé le 23 février.

Sachez que vous pouvez aussi participer à ce concours sur notre page Facebook où 2 autres exemplaires du livre sont à gagner (oui, ça vous fait deux fois plus de chances de gagner ;-) )

 

Bonne chance!

Règlement ici

 


 

Le concours est désormais terminé, on vous remercie tous pour votre participation et pour vos messages tous plus adorables les uns que les autres !
Le gagnant est… Christophe, félicitations !
Nous vous avons envoyé un message via contact@exploratology.com sur l’adresse e-mail que vous nous avez communiquée. N’oubliez pas de nous faire part de vos coordonnées :)
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Marjorie

Fondatrice et gérante d'Exploratology Grande amoureuse des livres, des lapins mignons et des tartes au citron.